Sur les traces des grands explorateurs

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Du 12 au 26 février, David Gamba, contremaître, spécialiste des cétacés, embarquera à bord du Santa Maria Australis avec 11 autres marins. Leur objectif est de rendre hommage aux grands navigateurs, mais aussi de réaliser des relevés et des observations.

« Il faut peut-être un grain de folie, mais c’est une chance folle. » Commissionné par le Yacht Club de Monaco, David Gamba est sur le point de s’élancer à l’assaut du continent le plus mystérieux de la planète : l’Antarctique. Avec l’expédition Antarctic Blanc, ce Monégasque de 27 ans naviguera avec 11 autres marins à bord du Santa Maria Australis du 12 au 26 février 2018. Organisée par la Global Offshore Sailing Team (Gost), cette mission empruntera l’un des passages maritimes les plus dangereux du monde, le passage de Drake, situé entre la pointe sud de l’Amérique du sud et l’Antarctique. L’équipage a pour but de rendre hommage aux grands navigateurs qui ont affronté les océans, mais aussi de réaliser des relevés et des observations.

« Paix »

« Pour moi, c’est un départ vers l’inconnu, commente David Gamba. En termes de navigation, on sera dans l’extrême. Mais nous sommes des marins. On ne va pas se mettre en danger. » A ses côtés, se trouvera Jochen Werne, cofondateur du projet. « Cette expédition regroupera plusieurs nationalités. Mais ce qui compte, c’est de s’aider, a-t-il expliqué mardi 23 janvier, lors d’une conférence de presse au Yacht Club. La préparation de ce projet était à couper le souffle. Il suffit de penser à la taille du continent vers lequel nous allons. Il est plus grand que la Chine et l’Inde réunies. Et il contient sous forme de glace près de 90 % de l’eau de la planète ! Là-bas, la température moyenne se situe à -30 °C. » Voilà pour les conditions dans lesquelles cet équipage va naviguer. Mais c’est aussi la signification du continent Antarctique qui compte pour ces marins. « C’est le seul continent au monde où il n’y a jamais eu de guerre, précise Jochen Werne. C’est un message de paix que nous voulons aussi transmettre. »

David Gamba

David Gamba effectuera des observations sur les baleines. La peluche Pingi sera la mascotte de l’expédition et son outil de communication. © Photo Sophie Noachovitch / Monaco Hebdo.

 

« Pour moi, c’est un départ vers l’inconnu. En termes de navigation, on sera dans l’extrême »

David Gamba

 

« Plastique »

Pour Benon Z. Janos, chef météorologiste et coordinateur des initiatives environnementales, ce voyage est aussi l’occasion de s’inscrire dans le cadre de la résolution des Nations unies contre la pollution plastique des océans. « Chaque année, nous rejetons 8 millions de tonnes de plastique dans les océans, précise-t-il.Le plastique se divise en microparticules, que les poissons mangent et qui finissent par revenir à nous quand nous les ingérons. » Communiquer sur ce sujet tient à cœur aux marins, mais ils auront aussi à appliquer des missions concrètes. « Le plancton se trouve dans tous les océans, mais il est particulièrement présent dans l’océan austral, décrit Benon Z. Janos. C’est un bon indicateur du réchauffement climatique. Nous prélèverons des échantillons d’eau. Il faut savoir que les scientifiques en disposent de très peu, car peu d’explorateurs vont sur place. »

Migaloo

C’est ici qu’interviendra l’autre grande mission de l’équipage, celle qui incombe à David Gamba. L’observation des baleines. « Nous allons alimenter le site internet Happy Whale qui permet de recenser et faire des observations sur les baleines,précise le jeune homme. Par exemple, la baleine franche australe est l’un des animaux les plus mystérieux, nous allons essayer d’en savoir plus sur elle. » L’autre animal qu’il espère repérer est la baleine blanche Migaloo. « Nous savons qu’elle évolue sur la côte Est de l’Australie. Mais si on la voit durant notre expédition, cela signifie qu’elle ne vient pas d’Australie mais de l’autre côté de la planète et fait une migration jusqu’en Australie », avance David Gamba.

Santa-Maria-Australis-@-Kristian

« Empreintes digitales »

Le contremaitre tiendra un journal de bord qui compilera des photos des cétacés, leur localisation GPS, la température de l’eau dans laquelle ils évoluent, la température de l’air, la pression atmosphérique, le comportement de l’animal, s’il a des petits, etc. En outre, chaque baleine sera identifiée spécifiquement grâce à « ses empreintes digitales » : leur aileron et leur nageoire caudale sont uniques à chaque animal. Selon David Gamba, les informations récoltées seront un apport important pour les scientifiques. « Aujourd’hui, ils n’ont pas les moyens d’organiser des expéditions. Mais une initiative privée comme celle-ci peut les aider. Ils auront accès à nos données gratuitement via Happy Whale. » En outre, les baleines, espèces menacées, sont de bons indicateurs de la santé des océans. « On sait que la population de baleines a augmenté de 12 % en Australie. C’est un bon chiffre, estime ce marin. Nous aimerions faire prendre conscience aux gens de l’impact de l’homme sur l’océan et la faune marine. » L’équipage débriefera ses 14 jours d’aventure à son retour à Monaco vers la mi-mars.

Pour suivre l’expédition, rendez-vous sur Twitter, sur le compte @PingiAntarctic.

 

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