Reconversion: Ces salariés qui redémarrent une nouvelle carrière à plus de 50 ans

TEMOIGNAGES - Poussés vers la sortie ou en quête d'un nouveau rythme de vie, nombre de quinquas réalisent un virage à 360° pour aborder la dernière ligne droite de leur carrière. Claire, Pierre et Catherine racontent comment ils ont pris un nouveau départ professionnel à plus de cinquante ans.

"J’ai pris mes indemnités pour monter ma boîte"

Bruno Lévy pour Challenges

Elle a gravi pendant vingt-et-un ans les échelons de la cristallerie Lalique. "C'était passionnant, j'avais de grosses responsabilités", dit Catherine Blot, 55 ans. Mais l'entreprise est rachetée par une société suisse. "Le management est devenu plus brutal, j'avais l'impression de perdre mon âme. En 2013, un plan de licenciement a été le déclencheur. J'ai pris mes indemnités pour monter ma boîte." Avec sa société La Fabrique du Retail, la voilà consultante pour accompagner les jeunes créateurs, designers, artisans de l'univers du luxe dans leur diffusion commerciale. "J'ai la liberté d'imaginer des stratégies, j'ai des missions très variées et des rapports humains riches." L'inconvénient? "Mes revenus ont baissé de moitié." Pour les corvées administratives, elle a intégré Synesens, une petite coopérative de consultants (tous quinquas en reconversion) qui se partagent les frais: "Surtout, on se voit une fois par mois, pour s'entraider."

"Mon profil de vieux les a intéressés parce que j’ai l’expérience du management"

Bruno Lévy pour Challenges

Un an de chômage et zéro offre. Pierre Choffé, aujourd'hui âgé de 57 ans, commençait à désespérer quand une conseillère de Pôle emploi le contacte pour passer un test pour la fameuse Ecole 42, qui forme des développeurs informatiques. Loin de son parcours d'administrateur de l'ensemble Pierre Boulez, de l'orchestre de l'Opéra de Bordeaux puis de l'orchestre des Champs-Elysées, avec qui il avait négocié une rupture conventionnelle suite à des divergences avec le directeur musical. "J'ai toujours eu un intérêt fort pour le Net et j'avais contribué à établir une base de données d'archives musicales à la BNF", explique Pierre Choffé. Qui se retrouve donc à coder jour et nuit puis à faire un stage dans une start-up de l'incubateur Station F. "Cette ambiance de jeunes geeks survoltés, j'ai adoré!" Dès sa sortie, un CDI de chef de projet chez l'éditeur de logiciel Logilab lui est proposé. "Mon profil de vieux les a intéressés parce que j'ai l'expérience du management. Avant, je gagnais plus mais je m'encroûtais. C'est une nouvelle aventure dans un secteur hyper porteur."

"C’est un grand bonheur d’être à l’initiative sur tout le processus"

Sébastien Ortola/Réa pour Challenges

Une histoire "de couple et de timing", résume Claire Dorland-Clauzel, 64 ans, pour expliquer son changement de vie. Cette énarque est passée par le Trésor puis Axa avant de devenir membre du comité exécutif de Michelin, en charge de la communication, des affaires publiques et des fameux guides rouges. Son conjoint, Thierry Dumont, consultant en informatique, lui annonce qu’il veut tout plaquer pour acheter un vignoble. Puis son boss Jean-Dominique Senard quitte Michelin pour prendre la tête de Renault. "C’était la fin d’un cycle, j’avais fait le tour." Le couple de Parisiens se fait aider avec méthode. Après avoir examiné 200 dossiers, ils acquièrent le château La Tuilière, 13,5 hectares de Côtes-de-Bourg, dans le Bordelais. "C’est un grand bonheur d’être à l’initiative sur tout le processus, du cep à la bouteille. Le rythme est moins effréné, je me suis très bien habituée à la campagne et j’apprends énormément, c’est très excitant."

Booming transforme les seniors en consultants

Le départ à la retraite est un moment délicat. "J’étais passionné et je ne comptais pas mes heures, pour un projet dans lequel j’étais impliqué depuis des années. Je ne me voyais pas me retrouver sans aucune occupation du jour au lendemain", explique Michel Lamoise. Agé de 63 ans, cet ingénieur a passé 38 années au sein de la recherche et développement d’Urgo. La société Booming a donc mis en place, avec la DRH, un cumul emploi-retraite. Michel Lamoise continue ainsi à mi-temps, depuis janvier, à former ses anciennes équipes et à apporter ses conseils techniques. "Notre rôle est de transformer les futurs retraités en super-consultants", explique Nicolas Chanut, fondateur de Booming. Après trois ans d’existence, la société a trouvé son marché: elle double son chiffre d’affaires chaque année, à un million d’euros en 2018 grâce au travail réalisé notamment avec Axa et BNP Paribas. Prochaine étape pour la jeune pousse : s’attaquer à l’immense problème des seniors au chômage. Encadré réalisé par Grégoire Pinson

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