Las Vegas: "L'opinion pense que pour éviter ces tragédies, il faut plus d'armes"

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58 personnes ont péri dans une fusillade perpétrée lors d'un concert en plein air à Las Vegas. L'occasion de faire enfin bouger la législation sur le port d'armes.

Et si cette fois, cette énième tuerie faisait bouger le débat sur le port d'armes aux Etats-Unis? 58 personnes sont tombées sous les balles d'un tireur, 400 autres ont été blessées à Las Vegas, dimanche soir. Elles assistaient à concert de country en plein air à l'hôtel-casino Mandala Bay, quand le forcené a ouvert le feu sur la foule à l'aide d'une arme automatique.  

Survenue dans l'un des Etats les plus laxistes concernant le contrôle des armes, c'est la tuerie la plus meurtrière de l'histoire des Etats-Unis: elle dépasse le massacre perpétré dans un club gay à Orlando [49 morts, revendiqué par le groupe Etat islamique] le 12 juin 2016, et celui du campus de l'université de Virginia Tech à Blacksburgen Virginie, le 16 avril 2007. L'Express a demandé à Alix Meyer, professeur à l'Université de Bourgogne, spécialiste des Etats-Unis, ce qui pourrait changer après ce drame. 

Cette tuerie pourrait-elle être le point de départ d'une évolution de la législation sur les armes à feu aux Etats-Unis? 

Alix Meyer: J'ai bien peur que les Etats-Unis ne bougent pas plus cette fois que lors des drames précédents, quel que soit le décompte final des victimes. La majeure partie de l'opinion américaine considère que pour se prémunir de ces tragédies, il faut plus d'armes et pas moins. Même si l'opinion s'émouvait et était demandeuse ne serait-ce que de contrôles plus stricts sur le passé des acheteurs d'armes, elle se heurterait à l'hostilité du Congrès. Sensible aux sirènes de la National Rifle Association (NRA), le principal lobby pro-armes, la majorité républicaine est vent debout contre toute modification du droit au port d'armes. 

Oui, mais cette fois, il s'agit du plus grave massacre de l'histoire des Etats-Unis... 

Rien n'a changé après Sandy Hook, alors qu'il s'agissait d'enfants. Ni après Orlando, alors que la tuerie avait été revendiquée par l'EI. Je serais surpris si les lignes bougeaient cette fois ci. Mais imaginons que ce soit le cas. Le législateur serait limité par le second amendement de la Constitution américaine qui protège le droit des Américains à se défendre. En outre, aujourd'hui, les faits se déroulent dans le Nevada, un de ces Etats de l'Ouest les plus méfiants vis-à-vis du contrôle de l'Etat sur la vie des citoyens... 

Les Etats, justement, peuvent-ils adopter des mesures plus restrictives que l'Etat fédéral? 

Difficilement. Dans ceux où l'opinion est favorable au changement, les législateurs sont souvent empêchés d'agir, en vertu de la constitution américaine. Ainsi en 2008, la Cour a invalidé l'interdiction des armes de poing dans la ville de Washington où elle était en vigueur depuis 1976, avec le soutien des trois-quarts des habitants. Même chose à Chicago en 2010, lorsque où la haute Cour a réaffirmé que que "le deuxième amendement garantit le droit individuel de chacun de conserver et de porter une arme à feu pour servir des intérêts légaux". Il existe bien une autre interprétation du deuxième amendement, selon laquelle le droit au port d'armes est réservé au service militaire, mais elle n'a pas cours actuellement. 

Le blocage est tellement tabou que le curseur ne bouge qu'à la marge. On discute par exemple de la diminution du nombre de munitions dans les chargeurs.  

Le drame coïncide avec la rentrée de la Cour Suprême, ce lundi. Va-t-elle se saisir du dossier? 

C'est peu probable. Les débats de la Cour suprême suivent un processus très codifié. Il faut en général qu'un tribunal ait pris une décision cassée par une Cour d'appel et qu'une décision contradictoire ait été prise dans une autre juridiction. Le rôle de la Cour suprême est alors de trancher.  

La Cour se saisit aussi de questions de constitutionnalité. Mais elle ne répond qu'à une infime partie des demandes déposées chaque année. On sait d'ores et déjà qu'elle a prévu de plancher sur les droits des homosexuels, la collecte d'informations privées, la représentation syndicale ou les restrictions de vote. Elle peut faire preuve d'une relative réactivité comme ce fut le cas avec les décrets sur l'immigration de Donald Trump au printemps. Elle pourrait aussi statuer cette année sur le fait de savoir sur le droit de porter une arme s'étend aux armes d'assaut, à la suite d'une décision du Maryland de les interdire, contestée par la NRA. Mais alors qu'elle penche de nouveau à droite avec la nomination de Neil Gorsuch par le nouveau président américain après sa prise de fonction, on a du mal à imaginer un revirement sur cette question. J'aimerais me tromper.