Heure d'été : dimanche, on avance d'une heure - Comprendre

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Ce week-end, nous perdons une heure de sommeil. Le Parlement européen s'interroge (à juste titre) sur la pertinence de cette convention, mais ses marges de manoeuvre sont limitées. Explications.

Dans la nuit de samedi à dimanche, l'Europe toute entière va perdre une heure de sommeil. Les horloges vont avancer de 2 à 3h, automatiquement pour la plupart (ordinateurs, téléphones et objets connectés notamment). Le soleil se lèvera donc une heure plus tard que d'ordinaire. Et se couchera une heure plus tard aussi. De quoi ravir les couche-tard et désespérer les lève-tôt.

Instauré pour la première fois en France en 1917 (dans le sillage de l'Allemagne, des Etats-Unis et de la Grande-Bretagne), il avait été abandonné en 1945 pour être réintroduit en 1976 par Valéry Giscard d'Estaing, au moment des grands chocs pétroliers. Objectif de la mesure: limiter les dépenses énergétiques en réduisant l'éclairage (notamment public) le soir en été.

Depuis 1998, ce changement d'heure a été harmonisé en Europe pour faciliter les échanges, les transports et les communications. Il s'effectue ainsi de façon règlementaire dans tous les pays de l'UE le dernier dimanche de mars pour le passage à l'heure d'été et le dernier dimanche d'octobre pour le retour à l'heure d'hiver. Mais cela pourrait bientôt changer. Le Parlement européen a voté le 8 février dernier une résolution (384 voix contre 153, 12 abstentions) enjoignant la Commission à «lancer une évaluation complète» du système actuel et, si nécessaire, de «présenter une proposition pour la réviser».

C'est un premier pas vers la fin du changement d'heure, mais cela ne veut pas dire que le dispositif va être supprimé aussitôt. La Commission européenne doit d'abord se saisir du sujet (ce qu'elle ne semble pas pressée de faire), commanditer des études d'impact, puis soumettre éventuellement une proposition en ce sens aux dirigeants des différents pays. Le processus pourrait prendre des années. Revenons en attendant sur les bénéfices (présumés) et les risques (tout aussi présumés) du changement d'heure.

1) Des économies d'énergie faibles mais réelles

Elles sont réelles mais (très) modestes. En Europe, le gain est en moyenne inférieur à 0,5% de la consommation annuelle, d'après un rapport de synthèse de l'EPRS (European Parliamentary Research Service). Mais il est très variable selon les études (et les pays). Le bénéfice serait plus important pour les pays du sud, sans qu'il soit très facile d'expliquer pourquoi, d'autant que l'impact de l'heure d'été sur la climatisation serait plutôt négatif...

En France, cela représenterait une économie énergétique annuelle de 0,1% selon les modélisations effectuées par l'Ademe en 2010. Le gain serait intégralement réalisé sur l'éclairage. Il devrait donc décroître avec la généralisation des LED et autres ampoules économiques. Le gain sur le chauffage serait quant à lui négligeable.

2) Des impacts sur la santé mal compris

La perturbation de notre horloge interne est indiscutable. Mais elle est aussi limitée. On peut la comparer très exactement au décalage horaire que l'on expérimente en allant ou en revenant de Londres. Les études montrent que perdre des heures de sommeil est plus nocif que d'en gagner. Quelques études font état d'une augmentation, parfois très significative, des accidents vasculaires cérébraux et des problèmes cardiaques dans les jours qui suivent le passage à l'heure d'été.

Mais il ne s'agit pas d'un résultat universel. De nombreuses études peinent au contraire à déceler la moindre variation statistique. Des circonstances locales particulières pourraient peut-être expliquer ces effets. Rien ne permet de penser que cela ait la moindre influence sur la santé humaine sur le long terme. Le principal effet néfaste avéré reste donc l'inconfort (le plus souvent bénin) ressenti par les personnes les plus «chronosensibles» qui peuvent dans certains cas extrêmes mettre plusieurs semaines à se recaler, notamment au passage à l'heure d'été.

3) Une incidence très limitée sur l'agriculture

Si les animaux, notamment les vaches laitières, peuvent être incommodées par le changement d'heure, le rapport de l'EPRS constate que les agriculteurs et les éleveurs ne considèrent plus vraiment qu'il s'agit d'un réel problème. En adaptant progressivement le bétail à la nouvelle heure de traite, la baisse de productivité serait finalement négligeable. Une partie des agriculteurs profite même de l'heure de soleil gagnée le soir, notamment au moment des récoltes.

4) Des conséquences contradictoires pour la sécurité routière

Le manque de sommeil pourrait causer un peu plus d'accidents de la route dans les jours qui suivent le passage à l'heure d'été. L'effet est faible (hausse de quelques pourcents au maximum) et probablement compensé ensuite par l'allongement du jour le soir, à des heures où la circulation est plus importante. Encore une fois, les études sont difficilement transposables d'un pays à l'autre. En France, la sécurité routière enregistre chaque année un pic de surmortalité des piétons au moment du retour à l'heure d'hiver qui se dissipe peu à peu avec le temps.

5) Un impact possible sur la criminalité

Au même titre que la sécurité routière, c'est une conséquence du passage à l'heure d'été à laquelle on ne pense pas de prime abord. Mais certains crimes sont commis préférentiellement quand le soleil se couche, puis quand il fait nuit. Une étude américaine pointe par exemple une diminution de 7% des vols à l'étalage dans le pays dans les premières semaines qui suivent le passage à l'heure d'été. Un résultat difficilement généralisable à d'autres pays ou à d'autres crimes et délits plus graves. Le passage à l'heure d'été pourrait en revanche favoriser un «sentiment de sécurité», difficilement mesurable, encore une fois.

Conclusion

Quel que soit l'angle sous lequel on regarde le problème, on en arrive finalement toujours à la même conclusion: les effets du changement d'heure, qu'ils soient néfaste ou bénéfiques, sont systématiquement faibles, difficiles à quantifier, impossibles à généraliser, et parfois contradictoires d'un pays à l'autre. Reste le sentiment d'inconfort général ressenti: les sondages montrent que les Français sont très largement défavorables au changement d'heure.

Plus des deux tiers plébiscitent l'heure d'été «permanente» pour continuer de bénéficier des longues soirées estivales sans changer d'heure. Seul problème, la France est déjà en décalage de deux heures par rapport au soleil en été (parce que nous sommes restés sur le fuseau horaire allemand après l'occupation). En cas de changement de la règlementation européenne, il y a de fortes chances pour que l'heure d'hiver (1h de décalage seulement avec le soleil) soit privilégiée.

A noter que Vladimir Poutine avait choisi en 2011 de faire rester le pays toute l'année à l'heure d'été avant que l'opinion publique récalcitrante ne réclame de rester à l'heure d'hiver (ce qui est le cas depuis 2014)... Preuve s'il en était besoin qu'il n'est jamais possible de satisfaire tout le monde.