Écosse, au pays des fantômes et des châteaux hantés

319 vues

Que serait l’Écosse sans ses fantômes ? Au pays du monstre du Loch Ness, on adore se faire peur, et l’on se délecte de cet imaginaire effrayant où les histoires de spectres se mêlent aux faits historiques.

Ces dernières années, le « dark tourism » étant à la mode, les visites sur ce thème se sont multipliées, notamment dans la vieille ville d’Édimbourg.

Pour faire le plein de frissons, on commencera donc par arpenter les ruelles et les souterrains de la capitale. Enfin, on collectionnera les châteaux hantés, avant de finir au cimetière, fatalement…

 

Édimbourg : la « cité la plus hantée de Grande-Bretagne »

Édimbourg : la « cité la plus hantée de Grande-Bretagne »
Edinburgh Vaults © Olivia Le Sidaner

 

À Édimbourg, on perpétue avec passion les légendes de « la cité la plus hantée de Grande-Bretagne », pour le plus grand bonheur des touristes, si bien qu’on a un peu l’impression que c’est Halloween toute l’année !

Parmi les nombreux ghost tours proposés dans la vieille ville, la visite (en français) portant le nom évocateur de « Fossoyeur d’histoire » est une excellente introduction au côté obscur de la capitale.

En fin d’après-midi, Fred, sympathique guide enveloppée dans une longue cape noire, vous attend près de la cathédrale gothique St Giles, au pied de Mercat Cross. C’est ici que se rassemblaient autrefois les marchands et qu’avaient lieu les annonces royales officielles… mais aussi les tortures et les exécutions publiques.

Après une halte dans une sombre ruelle, Fred vous invite à la suivre dans les Edinburgh Vaults, un réseau de caves voûtées aménagées sous le South Bridge à la fin du 18e siècle. D’abord utilisées comme remises et ateliers par les marchands et artisans qui tenaient boutique au-dessus, ces salles souterraines, insalubres, furent abandonnées et livrées à tous les trafics. On y croisait brigands, meurtriers, prostituées et même voleurs de cadavres (destinés à être disséqués à la faculté de médecine).

Aujourd’hui, les lieux seraient encore peuplés… de fantômes : un homme distingué se promenant avec sa dulcinée pour l’éternité, un garçonnet, mais aussi une entité beaucoup moins inoffensive, détestant l’intrusion des vivants et ne se gênant pas pour effrayer les plus sensibles de ces imprudents visiteurs !

Les dernières histoires vous sont contées au cours d’un apéro convivial : rien de tel qu’un petit whisky écossais pour se remettre de ses émotions !

 

Les sombres (et vraies) histoires d’Édimbourg

Les sombres (et vraies) histoires d’Édimbourg
Castle Hill School © Olivia Le Sidaner

 

Parfois, les faits réels ont le don de vous glacer le sang autant que les légendes. C’est le cas lorsqu’on vous raconte l’histoire des closes, ces étroites venelles pentues partant du Royal Mile, la grande artère qui traverse la vieille ville.

Dans le Real Mary King’s Close, un guide costumé vous transporte au début du 17e siècle, et vous fait découvrir le quotidien des gens qui vivaient ici, et qui peut se résumer en ces quelques mots : misère, meurtres et maladie, les habitants des closes ayant massivement péri au moment de l’épidémie de peste qui a touché Édimbourg.

Bon, il y a bien quand même une petite histoire de fantôme : dans une des chambres souterraines, on aurait entendu il y a quelques années les sanglots d’une fillette, Annie, triste d’avoir perdu sa poupée. Depuis, les touristes lui apportent des jouets.

Enfin, pour le fun, et si vous comprenez bien l’anglais, n’hésitez pas à entrer dans The Edinburgh Dungeon, une visite-attraction interactive et ludique qui met habilement en scène des faits historiques effrayants, avec des effets spéciaux plutôt rigolos. Il y est question de procès pour sorcellerie, de cannibalisme, de tortures, de peste, d’assassinat, bref de quoi se faire peur tout en s’amusant !

 

Tournée des pubs hantés à Édimbourg

Tournée des pubs hantés à Édimbourg
The Banshee Labyrinth © Olivia Le Sidaner

 

Après ces visites, l’angoisse vous assèche la bouche ? Qu’à cela ne tienne : entrez donc vous désaltérer dans un des pubs d’Édimbourg ! Mais gare à celui que vous choisirez : dans la vieille ville, nombre d’entre eux ne seraient pas fréquentés que par des bons vivants...

Pour commencer, direction le quartier de South Bridge, où The Banshee Labyrinth annonce la couleur en affichant sur sa devanture qu’il est le « pub le plus hanté d’Écosse ». Pas étonnant quand on sait que plusieurs de ses salles souterraines faisaient partie des effrayants Edinburgh Vaults. Là rôderait la Banshee, un esprit dont le cri annoncerait la mort d’un proche.

Tout près, le Whistle Binkies, lui aussi installé dans les anciens Vaults, aurait deux fantômes à son actif, dont un homme aux longs cheveux noirs habillé façon 17e siècle, se contentant d’observer les clients et le staff, d’où son surnom : « The Watcher ».

Au Royal Oak, aucun fantôme n’est à signaler, et l’on passe de joyeuses soirées en écoutant de la folk music, mais sur la vitrine, un panneau rappelle tout de même que la morgue était située en dessous du pub et que les voleurs de cadavres Burke et Hare empruntaient sûrement certains vieux passages pour transporter leur « marchandise » jusqu’à la Faculté de médecine voisine…

Des cadavres dans la cave

Ces sinistres personnages avaient apparemment leurs habitudes du côté de Grassmarket, dans la plus vieille taverne d’Édimbourg, The White Hart Inn, dont l’existence remonte à l’an 1516. Au 19e siècle, pour leur business, les deux Irlandais y auraient assassiné plusieurs personnes, dont les âmes tourmentées hanteraient encore les lieux. Des incidents étranges ont été reportés dans la cave : ombres furtives, bruits suspects dans la chambre froide, barriques qui changent de place… Autant d’événements qui ont valu au White Hart Inn d’être élu en 2005 le « pub le plus hanté d’Édimbourg ». Quant à dire s’il a ou non détrôné The Banshee Labyrinth, l’histoire ne le dit pas.

Dans la même rue, le fantôme d’une jeune fille a été vu dans le pub The Last Drop (« la dernière goutte »), ainsi nommé parce que c’est ici que ceux qui allaient être pendus sur la place de Grassmarket étaient invités à boire un dernier verre. Parmi ces condamnés à la potence, figure Maggie Dickson, dont un pub voisin porte aujourd’hui le nom. Soupçonnée d’infanticide, la femme fut pendue en 1727, mais se réveilla dans son cercueil, et vécut encore longtemps, devenant une figure populaire d’Édimbourg.

 

Châteaux hantés d’Écosse : des ladies très immortelles

Châteaux hantés d’Écosse : des ladies très immortelles
Glamis Castle © Olivia Le Sidaner

 

Place, à présent, aux fameux châteaux hantés, qui sont si nombreux en Écosse que le plus dur est d’en trouver un qui ne le soit pas !

Dans la région de l’Angus, Glamis Castle serait, dit-on, le plus hanté du pays : on y aurait recensé pas moins de neuf fantômes. Parmi eux, Janet Douglas, brûlée vive pour sorcellerie au 16e siècle. Désormais appelée la Grey Lady, elle aurait coutume de venir s’asseoir au fond de la petite chapelle familiale. Des légendes courent également sur la présence de revenants cachés dans des pièces secrètes et murées.

À l’ouest d’Aberdeen, c’est une Green Lady qui hante le Crathes Castle, une fière demeure du 16e siècle. On raconte qu’il s’agirait d’une jeune servante qui se serait enfuie avec son enfant, né hors mariage. Mais au 19e siècle, la découverte des ossements d’une femme et de son enfant cachés sous le foyer d’une cheminée expliquerait peut-être l’apparition de la Green Lady à cet endroit précis... La reine Victoria elle-même l’aurait vue, c’est dire !

Sur la côte est, dans les ruines du spectaculaire Dunnottar Castle, perché sur une falaise surplombant les flots déchaînés, une autre Green Lady a été aperçue, errant désespérément à la recherche de ses enfants perdus.

 

Châteaux hantés d’Écosse : fantômes romantiques et spectres alcoolos

Châteaux hantés d’Écosse : fantômes romantiques et spectres alcoolos
Château d’Édimbourg © Jennifer - stock.adobe.com

 

Au château de Dalhousie, au sud de la capitale, c’est une bien triste et romantique histoire que celle de Lady Catherine Ramsey. Au 16e siècle, la demoiselle tomba amoureuse d’un jeune employé, mais ses parents s’opposèrent à cette liaison, si bien qu’elle s’enferma dans sa chambre et y mourut de désespoir et de faim. Depuis lors, son spectre cherche en vain son amour perdu dans les couloirs de cette belle demeure, aujourd’hui reconvertie en hôtel de luxe.

Plus amusant, le fantôme du général James Grant aurait ses habitudes dans la cave à vins du château de Ballindalloch, dans les Highlands.

Enfin, n’oublions pas l’impressionnant château d’Édimbourg. La nuit, alors que la lune se dissimule dans une brume complice, l’apparition des murailles éclairées en rouge sur la colline est du meilleur effet, et on n’imaginerait pas qu’un tel lieu ne soit pas hanté. Une légende fait état d’un joueur de tambour sans tête que l’on aurait entendu en 1650, juste avant que Cromwell n’envahisse l’Écosse. On parle aussi d’un joueur de cornemuse qui aurait été envoyé dans les souterrains partant du château en repérage, mais qui ne serait jamais remonté à la surface. On entendrait encore le son de son instrument sur le Royal Mile, à l’endroit où l’on a perdu sa trace…

Enfin, le château abrite aussi un chien fantôme, dans le petit cimetière pour animaux. Aucune morsure n’est à déplorer, heureusement.

 

Rendez-vous au cimetière

Rendez-vous au cimetière
Greyfriars Kirkyard © Olivia Le Sidaner

 

Quel meilleur endroit que les cimetières pour rencontrer des défunts ?

À Glasgow, un événement récent a marqué l’imaginaire collectif. Un soir de septembre 1954, un policier qui patrouillait du côté de la nécropole (The Southern Necropolis) s’est retrouvé nez à nez avec une centaine de gamins armés de pieux et de couteaux, bien décidés à tuer un vampire géant du nom de Gorbals, soupçonné d’avoir dévoré plusieurs garçons.

Se pourrait-il qu’ils aient entendu parler de la terrible Jenny Wi, qui attaquait les enfants par surprise avec ses crocs de métal, pour en faire son souper ? Certains avancent que cette légende urbaine datant du 19e siècle était avant tout destinée à inciter les chenapans en vadrouille à rentrer chez eux avant la nuit.

Beaucoup plus effrayant, Greyfriars Kirkyard est, dit-on, le cimetière le plus hanté du monde (et on est bien tenté de le croire !). J. K. Rowling s’en est d’ailleurs inspirée pour décrire la tombe de Voldemort dans « Harry Potter ». Au 19e siècle, Burke et Hare (encore eux !) venaient y faire provision de corps bien frais à livrer à la faculté de médecine.

Mais c’est depuis 1999 que rien ne va plus dans le cimetière. Cette année-là, un homme profane le lugubre mausolée noir de Sir « Bloody » George Mackenzie, qui, comme son surnom l’indique, n’était déjà pas un marrant de son vivant : il serait responsable de la mort de centaines de Covenantaires, partisans du mouvement religieux presbytérien au 17e siècle. Quoi qu’il en soit, depuis que le cercueil de ce monsieur a été brisé, on raconte que plus de 350 « attaques » se seraient produites !

Fin octobre 2017, quelques jours avant Halloween, on a ainsi pu voir dans la presse plusieurs articles au sujet d’un touriste de Glasgow affirmant avoir été griffé dans le dos par le fantôme lors d’un ghost tour organisé par City of the Dead.

 

Édimbourg : quand les fantômes prennent le bus…

Édimbourg : quand les fantômes prennent le bus…
Cimetière St-Cuthbert © Olivia Le Sidaner

 

Pour finir sur une note plus drôle, n’hésitez pas à vous rendre sur le pont de Waverley pour embarquer dans le Ghost Bus, qui vous fera faire une petite promenade nocturne dans un autre cimetière du centre-ville d’Édimbourg : celui de St Cuthbert.

La visite, en anglais, allie humour et horreur, sur le mode grand-guignolesque, le guide s’amusant à effrayer les passagers en narrant les histoires les plus terrifiantes, réelles ou légendaires, qui se racontent à Édimbourg.

Après tout cela, si jamais vous rentrez seul à votre hôtel, il y a fort à parier que vous n’aurez pas forcément envie de traîner dans les ruelles mal éclairées de la vieille ville…

 

 

 

Fiche pratique

 

Pour préparer votre séjour, consultez notre guide Écosse

Visit Scotland, site officiel du tourisme en Écosse

Visit Britain, site officiel du tourisme en Grande-Bretagne

Comment y aller et se déplacer ?

- En avion : vol direct Paris-Édimbourg, 1 h 50 avec EasyJet, Transavia, Air France.

Édimbourg se visite facilement à pied (le mieux étant de loger près du centre).

Pour découvrir le reste de l’Écosse, le plus simple est de louer une voiture (conduite à gauche, bien sûr).

À faire, à voir

- Mercat Tours. Visite « Fossoyeur d’histoire » (la seule qui soit en français pour le moment), £ 16 (apéro inclus), à 17 h 30.

- Real Mary King’s Close. Visite en anglais (audioguide en français), £ 14,95.

- The Edinburgh Dungeon. À partir de £ 13.

- The Ghost Bus Tours. £ 16.

- City of the Dead. Tour nocturne à Greyfriars Kirkyard : £ 9-11 (adulte) / £ 7 (enfant, à partir de 12 ans), à 20 h 30 (été) ou 21 h (hiver). Également une appli pour faire la visite en solo : City of the Dead’s Haunted Edinburgh App (£ 0,99).

- Chaque année, fin octobre, le Edinburgh Horror Festival organise pour Halloween des concerts, des représentations théâtrales, des spectacles de magie et des rencontres-conférences dans différents lieux de la ville, notamment des pubs.

Où manger ?

The Witchery by the Castle. Tout près du château, ce resto à la déco gothico-chic est idéal pour rester dans l’ambiance fantastique. Et on y mange très bien. Menus à partir de £ 22.

Où boire un verre ?

Dans les pubs hantés (ou non) de la vieille ville d’Édimbourg, bien sûr :

The Banshee Labyrinth, 29-35 Niddry Street.

Whistle Binkies, 4-6 South Bridge.

The Royal Oak, 1 Infirmary Street.

The White Hart Inn, 34 Grassmarket.

The Last Drop Tavern, 74-78 Grassmarket

Maggie Dickson’s Pub, 92 Grassmarket.

Où dormir ?

De préférence, évitez les hôtels hantés. Trouvez une adresse en Écosse.