Arabie saoudite: Neom, un projet fou pour inventer "l'avenir de l'humanité"

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Pour faire entrer son futur royaume dans le 21e siècle, le prince Salmane veut construire dans le désert une mégalopole ultra-moderne.

C'est un endroit qui ne ressemblera à aucun autre, assurent les promoteurs du projet Neom -du latin neo + M de Mostaqbal qui veut dire futur en arabe-, le nouveau cheval de bataille du prince héritier saoudien Mohamed Ben Salmane. L'Arabie saoudite met à la disposition des investisseurs une vaste zone de 26 500 km², l'équivalent de la surface de la Bretagne, pour y inventer "l'avenir de l'humanité". Rien que ça. Un territoire désertique à développer, sur lequel 500 milliards de dollars d'investissements doivent être misés dans les prochaines années. 

L'Arabie, l'Asie, l'Afrique, l'Europe et l'Amérique réunis...

L'annonce a été faite en marge d'une conférence de trois jours qui s'ouvrait ce mardi à Riyad. Le projet est censé s'organiser autour de "neuf secteurs d'investissement spécialisés et conditions de vie qui vont prendre les rênes de l'avenir de la civilisation humaine", affirme le royaume. A savoir, l'énergie et l'eau, la mobilité, la biotechnologie, l'alimentation, les sciences technologiques et numériques, la haute technologie, les médias et le divertissement. A l'horizon 2030, il pourrait générer "le PIB par habitant le plus élevé au monde." 

Le territoire sur lequel le projet Neom doit s'étendre. Copie d'écran Discoverneom.com

Le territoire sur lequel le projet Neom doit s'étendre. Copie d'écran Discoverneom.com

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Les sources d'énergie de cette vaste zone, située sur le littoral de la mer Rouge et du golfe d'Aqaba, devraient ainsi être fournies par le vent et le soleil. Des fermes urbaines sous forme de gratte-ciel devraient fournir des produits frais à ses habitants. Les transports publics pourraient être assurés par des drones, mais la marche et la bicyclette seraient également encouragés.  

 

La vidéo promotionnelle mise en ligne montre un paradis technologique, où des personnes de toutes origines partagent travail et loisirs. Neom doit "rassembler le meilleur de l'Arabie, l'Asie, l'Afrique, l'Europe et l'Amérique", promettent ses concepteurs. Pour qui s'inquiéterait de tomber sous la coupe des lois saoudiennes, il est rappelé que Neom sera une zone privée, dotée de ses propres règles. 

"Ni le financement, ni la rentabilité ne sont garantis"

Si ce projet est présenté aux investisseurs du monde entier, c'est parce que le royaume saoudien est en crise. Depuis plusieurs années, son solde budgétaire est passé dans le rouge, ce qui a contraint le régime à réduire ses investissements, et entraîné un ralentissement de l'activité. Riyad recherche des capitaux dans un monde où la demande de pétrole est vouée à décroître. La compagnie pétrolière nationale Aramco doit être introduite en Bourse, et le royaume veut en céder 5% pour encaisser 100 milliards de dollars. 

"C'est une puissance qui a vieilli, qui dormait sur ses rentes, la seule dans le Golfe avec cette posture. Ce nouveau projet tire avantageusement profit du déplacement géo-économique du monde, entre la Chine et l'Afrique", expose pour L'Express Jean-Joseph Boillot, co-auteur de Chindiafrique (Odile Jacob). 

Un problème d'image à résoudre?

A ce jour, "ni le financement, ni la rentabilité du projet ne sont garantis", met en doute Marc Lavergne, directeur de recherche au CNRS et spécialiste du Moyen-Orient, "Riyad cherche avant tout à résoudre son problème d'image à l'international, comme le Qatar avec le PSG ou Abu Dhabi avec Le Louvre, "il faut s'afficher comme un pays fréquentable, au côté des occidentaux, mais rien ne sera en place en 2030."  

Neom, tentative désespérée d'un régime pour durer? "La société saoudienne est prisonnière de la famille royale", accuse le chercheur. Présentée comme une terre vierge sur laquelle tout est à inventer, la zone sur laquelle Neom doit s'étendre empiète d'ailleurs sur le Hedjaz, un petit royaume conquis par la force en 1925. Plusieurs villes figurent dans cet espace. "L'avenir de l'humanité" aura aussi d'anciennes bases.