Amityville, Cape Cod… J’ai visité les Etats-Unis des films d’horreur

Notre journaliste et son frère ont traversé le Nord-Est des Etats-Unis sur les traces de leurs films d’horreur préférés. Et enchaîné baignade façon Dents de la Mer et nuit dans la forêt de Blair Witch.

© Collection personelle

J’étais en quatrième et mon frère en CM2 quand nous avons regardé Le Projet Blair Witch pour la première fois. Nous avons enterré la VHS dans le jardin, de peur qu’elle nous « hante ». Quelques années plus tôt, nous avions maté Les Dents de la mer en scred de nos parents. Nous ne voulions plus jamais nous baigner, même à la piscine. Ce qui les a décidés à nous emmener voir L’Exorciste, pour « répondre aux questions » et pour que nous ne soyons pas « traumatisés ». Résultat : plus fans de films d’horreur, tu meurs. Nous voici, adultes, en voyage revival sur la côte Nord-Est des Etats-Unis, des abords de Washington à Boston. Sorcières, requins, fantômes et meurtriers, here we go !

Burkittsville : Le Projet Blair Wich

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Nous roulons dans la campagne profonde. Ici, les forêts sont denses, même si Washington est tout près. En 1999, Le Projet Blair Witchrévolutionnait le cinéma d’épouvante, et nous pensons encore que c’est le film le plus terrifiant de tous les temps. Marcher et dormir dans sa forêtnous semblait donc une excellente idée. Nous nous rendons au Seneca Creek State Park, où la majorité des scènes ont été tournées, et nous enfonçons dans les bois alentour. Mais il fait jour et la seule chose qui nous effraie, c’est que notre pique-nique ne supporte pas la chaleur.

Quarante minutes de voiture plus au nord, nous arrivons à Burkittsville, Maryland, 157 habitants. Sur une colline verdoyante, le cimetière est le même que dans le film. Nous rencontrons le jovial Todd, assis devant la seule boutique ouverte du bourg, un antiquaire. « La seule histoire vraie ici n’a rien à voir avec une sorcière : une grande bataille a eu lieu pendant la guerre civile, là-haut », dit-il en désignant les cimes du bois. Après avoir dîné avec la famille de Todd, marché avec enfants et chiens sous la lune rouge sang, et avant de rejoindre notre camping dans la forêt qui-vraiment-n’est-pas- hantée, nous nous enfonçons dans les bois avec notre petite lampe frontale. La forêt fait un bruit de forêt, mais n’empêche. Nous éteignons les lampes et nous laissons guider par l’astre de la nuit, car ce que la LED n’éclaire pas est encore plus  flippant. Après 200 mètres, nous rebroussons chemin car la pétoche est bien là. Près de la voiture, nous découvrons un sac de joggeur abandonné au pied d’un arbre. Il est plus de minuit, nous préférons ne pas trop nous poser de questions et filons sous la tente.

Pays Amish : X Files

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C’est l’un de nos épisodes préférés de la première saison de X-Files, que nous enregistrions méthodiquement sur M6. « Gender Bender » : des membres immortels d’une communauté amish changent de genre, séduisent leurs victimes qu’ils tuent par « transvasement hormonal ». Les membres se regénèrent enterrés dans l’argile, sous leurs granges. Spoiler : c’étaient des aliens.

Quand nous arrivons à Strasburg, village de 3 000 âmes fondé au XVIIIe siècle, à une heure et demie de Philadelphie, nous nous sentons intimidés par ces charrettes qui surgissent entre deux 4 x 4, avec leurs passagers en chapeaux de paille et coiffes blanches. Nous nous promenons dans la campagne : c’est la pleine lune et les lucioles brillent au-dessus du champ de maïs où nous nous installons. Il est presque minuit quand le son des sabots des chevaux nous sort de notre torpeur « d’Anglais » (tous ceux qui ne sont pas amish sont des « Anglais »). Sur la route, deux charrettes se croisent, bourrées de familles. La veille d’un jour de messe.Bizarre.

Afin d’en apprendre plus sur ces religieux et de creuser un peu le malaise, nous nous rendons dans la plus vieille communauté amish (1732) de Nouvelle-Angleterre : Ephrata Cloister. L’endroit est d’autant plus creepy que nous sommes quasiment les seuls visiteurs et que la dame de l’accueil est vêtue à l’ancienne. On se croirait dans le formidable film The Witch de Robert Eggers (voir notre cinquième étape), et nous batifolons joyeusement.

Amityville : La Maison du diable

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« 28 jours après avoir emménagé dans la maison de ses rêves, la famille Lutz la fuyait pour sauver sa vie. Ce qui lui est arrivé est une expérience de terreur que vous n’oublierez jamais et vous y croirez, à l’horreur d’Amityville. » Pour arriver dans la banlieue pavillonnaire, nous avons pris un train depuis la gare de Penn Station, à Manhattan. Une heure de trajet suffisait pour se monter la tête. Nous avions une adresse dans la pogne : le 112 Ocean Avenue. La rue est plaisante, c’est une ville tranquille et, contre toute attente, aucune pub ne rappelle le fait divers qui a donné à la cité ses lettres de sang : en 1974, un jeune homme passait mystérieusement les siens sous le feu de sa carabine. Un an plus tard, une famille s’installait dans la maison qu’elle quittait moins d’un mois après, poussée dehors par des événements paranormaux. Au numéro indiqué, nous voyons bien ce qui ressemble à la maison du film, mais nous nous retournons avec la certitude surnaturelle que la vraie est de l’autre côté. Et nous avons raison : même repeinte et malgré ses nouvelles fenêtres, la demeure est celle des coupures de presse de l’époque. Nous ne pouvons refréner un agréable frisson…

Cape Cod : Les Dents de la mer

 

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En 1916, un « requin vagabond » faisait quatre morts dans le New Jersey, au sud de Manhattan. Ces attaques ont inspiré Steven Spielberg et ses Dents de la Mer. Ce n’est pourtant pas dans le sable gris de ces plages prolétaires que le réalisateur a planté sa caméra, mais dans le Massachusetts, à Martha’s Vineyard, où des tour-opérateurs profitent de la manne Jaws. Le ferry pour ce nid de la haute bourgeoisie new-yorkaise est bien trop cher, nous nous contentons des eaux voisines de Cape Cod.

Derrière les dunes : un grand drapeau violet avec un requin dessus. Sur la guérite du maître-nageur : « Des requins ont été aperçus, nagez à vos propres risques. » Sur la plage : « Cette plage est un lieu privilégié pour l’alimentation du grand requin blanc : baignez-vous en groupe en évitant l’aube et le crépuscule, sous le niveau de la taille, sans vos bijoux (qui peuvent être pris pour des écailles de poisson) ». Nous barbotons, craignant qu’une vague animale nous emporte… TINDIN TIN-DIN TINDINDINDIN.

 

Salem : The Witch

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Le procès en sorcellerie le plus connu a fait 25 victimes en 1692. C’était dans la bourgade de Salem, près de Boston, où nous arrivons en ce début d’après-midi d’été. L’ambiance est peu terrifiante, entre décorations halloweenesques et boutiques de bougies ou de souvenirs copyrightés Harry Potter. La file de touristes aux tee-shirts idoines (chats noirs / loups / pentagrammes) nous conduit devant une église en briques, le Salem Witch Museum. Nous sommes surpris de constater que la visite est strictement historique. Les « sorcières » étaient surtout des femmes (et quelques hommes), victimes d’une cabale de petit village, nourrie par la rigueur de la religion et l’ennui de l’hiver. Une expo décrypte les différentes « chasses aux sorcières de l’histoire ». Chasse aux cocos ou aux homos, c’est toujours la même chose : en temps de crise on tape sur les minorités. Un mémorial pour les victimes a été inauguré par le Nobel de la paix Elie Wiesel.

L’heure est au recueillement, et nous repartons le cœur rempli de la satisfaction du road-trip accompli. Si nous n’avons pas rapporté le diable dans nos valises, ça n’aura pas été faute d’avoir essayé.


Sur les routes de l’horreur, côté Sud

Scream

En Floride, au nord d’Orlando, la ville de Gainesville est agréable. Il n’empêche : les meurtres à l’origine de Scream, commis par Danny Rolling, s’y sont déroulés en 1990.

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Jeepers Creepers

Comme les héros du film trash des années 2000, roulez dans la campagne paumée de Floride (bien glauque) dans les alentours de Dunnellon, comté de Marion, en espérant ne pas finir en morceaux.

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American Horror Story : Coven

La saison 3 de la fantastique série d’horreur de Ryan Murphy se déroule dans la fantastique Nouvelle-Orléans, en Louisiane. On vous conseille de rendre visite à Delphine Lalaurie, au 1140 Royal Street, qui selon la légende aurait massacré bon nombre de ses esclaves.

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Entretien avec un vampire

Le fim a été tourné dans la plantation Oak Alley, à l’ouest de La Nouvelle-Orléans. En remontant le Mississippi après Baton Rouge, vous pouvez en profiter pour passer par la maison la plus hantée des USA, la Myrtles Plantation, à Saint Francisville.

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Massacre à la tronçonneuse

Au Texas, la ville de Round Rock, au nord d’Austin, fut le théâtre du tournage rocambolesque, en 1973, de ce film inspiré par un tueur nécrophile.

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Comment s’y rendre ?

Par avion of course : en réservant en avance, l’AR Paris-NY coûte environ 400 euros sur Air France ; 300 euros sur Norwegian Airlines et Wow Air. Obligés de louer une auto car le bus c’est trop galère : pour une voiture compacte, comptez de 700 euros à 1 000 euros pour deux semaines.

Pour se loger : l’idéal est de mixer, arrêtez-vous dans les motels indépendants et pas chers (surtout le soir, vous pourrez négocier), plantez votre tente dans les campings (vous trouverez des tentes pas chères dans les grandes surfaces comme Walmart), squattez chez l’habitant, surfez sur Airbnb.

 

Article publié dans le magazine NEON en novembre 2017